Aline Henny
« Le grand défi sera de réussir à grandir sans perdre les terres agricoles et les lieux de rencontre. »

Aline Henny

Ferme Henny

Enfant du Mont, Aline est installée depuis dix ans à la ferme Henny avec son mari et leurs trois filles. Attachée à l’identité villageoise du Mont, qui perdure malgré son développement, elle s’investit aujourd’hui pour valoriser le travail agricole à travers les réseaux sociaux, la vente directe et le lien avec les clients.

Peux-tu te présenter en quelques mots?

Je m’appelle Aline Henny, née Ramuz. Je suis née en 1985 et j’ai grandi au Mont-sur-Lausanne. J’ai fait mes premières années d’école ici, avant de poursuivre ma scolarité à Lausanne puisqu’il n’y avait pas encore de voie prégymnasiale au Mont à l’époque. Avec mon mari Fernand, nous sommes partis quelque temps à Lausanne puis à l’étranger avant de revenir nous installer à la ferme familiale en 2016. Nous vivons aujourd’hui ici avec nos trois filles.

Tu viens pourtant d’un autre milieu professionnel à la base?

Oui, pas du tout du milieu agricole. J’ai travaillé dans l’enseignement spécialisé. Mais après dix ans dans ce domaine, j’étais lessivée. Quand nous nous sommes installés ici et que Fernand a repris pleinement l’exploitation, j’ai eu envie de valoriser tous ces produits incroyables. Les clients veulent bien manger, soutenir une ferme locale, mais ils ne savent pas forcément tout le travail qu’il y a derrière. Alors je me suis lancée en autodidacte : site internet, réseaux sociaux, listes WhatsApp, photos, vidéos… avec les moyens que j’avais et de l’aide bienvenue.

Comment présenterais-tu Hennyfruits aujourd’hui?

C’est une exploitation principalement arboricole. On cultive pratiquement tous les fruits qui poussent sous nos latitudes. On a aussi développé l’autocueillette et un kiosque à fruits. Et puis on fait perdurer la tradition des marchés à Lausanne : à Saint-François et à la Palud, où l’arrière-grand-mère de Fernand se rendait déjà avec sa grosse charrette depuis Le Mont. Ce qui est beau, c’est que nous vendons presque toute notre production en direct. Ça demande énormément de travail, mais il y a une vraie relation avec les clients.

Qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans cet univers?

Le relationnel, clairement. Les gens ne viennent pas seulement chercher des fruits. Ils viennent aussi pour le contact et la relation de confiance. J’aime comprendre comment les gens consomment, ce qui les ferait venir davantage, comment rendre les choses plus accessibles. Je trouve passionnant de réfléchir à la manière dont une exploitation peut évoluer avec les nouveaux usages, tout en gardant son identité.

Tu évoques souvent la proximité entre ville et campagne. C’est ce qui rend Le Mont spécial selon toi?

Oui, complètement. En deux minutes, on peut passer d’un quartier urbain à des vergers ou à la forêt. On est à cinq minutes de Lausanne et pourtant, ici, j’ai l’impression d’être en pleine campagne. C’est assez unique. Je pense que c’est aussi ce qui attire beaucoup de monde au Mont.

Quels sont tes premiers souvenirs dans la commune?

Quand j’étais petite, je passais beaucoup de temps à jouer au bord du ruisseau de la Croix, derrière le collège du Grand-Mont, à construire des cabanes et inventer des histoires. J’ai de très bons souvenirs d’enfance dans ce quartier.

Un lieu auquel tu es particulièrement attachée?

L’église, sans hésiter. J’y ai été baptisée, je m’y suis mariée, on y a célébré d’autres moments importants de ma vie. Je suis aussi impliquée dans la vie paroissiale, notamment pour la musique. J’aime beaucoup sa place centrale dans la commune. C’est un lieu de rassemblement et de lien.

Et si tu devais faire découvrir Le Mont à quelqu’un?

Je commencerais probablement… chez Hennyfruits! Pendant la saison des cueillettes.

L’été passé, on a d’ailleurs vu arriver des touristes du Moyen-Orient, envoyés ici depuis leurs hôtels pour découvrir les fruits locaux. Les voir repartir en taxi avec leurs cagettes pleines, c’était assez mythique. Et ça donne des idées pour développer nos contacts avec Lausanne Tourisme notamment. Sinon, je partirais de l’église puis je monterais vers le Châtaignier. Il y a tellement de belles balades à faire dans le coin.

As-tu une anecdote marquante liée au Mont?

Je me souviens d’une Fête de Mai, quand j’étais petite, où il s’était mis à neiger l’après-midi. Une bonne neige de printemps pendant que j’étais sur un carrousel à gober des flocons. Et puis il y a aussi toute la période du Covid à la ferme. Du jour au lendemain, les marchés lausannois ont fermé et on a improvisé des ventes directement ici. Il y avait des files de clients presque jusqu’à la route. Ça a été intense, mais ça nous a aussi montré à quel point les gens avaient besoin de proximité et de produits locaux.

Comment vois-tu l’avenir du Mont?

Je comprends que la commune se développe: c’est un endroit magnifique et très bien situé. Mais le grand défi sera de réussir à grandir sans perdre les terres agricoles et les lieux de rencontre. Pour moi, il est essentiel qu’il reste des agriculteurs qui produisent localement et des endroits où les gens peuvent se retrouver. Il faut des lieux vivants, des marchés, des espaces où les gens ont du plaisir à venir. C’est aussi une réflexion en cours pour la suite ici à la ferme. Le vrai défi du Mont de demain, c’est peut-être celui-là: continuer à être une commune où l’on vit ensemble, pas seulement côte à côte derrière une haie.

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